L'histoire (L, ES)

La paradoxe de la connaissance historique c'est qu'elle est elle-même historiquement située. En effet si l'histoire est connaissance du passé comment connaître ce passé dans le présent, c'est-à-dire à quelles conditions une re-connaissance du passé dans le présent est-elle possible et objective ? On va s'interroger sur les conditions d'une connaissance historique.

             En tant que succession d'évènements l'Histoire a-t-elle un sens, une direction, constitue-t-elle un progrès ? Et si l'Histoire a un sens quelles sont les forces qui déterminent ce dernier (Dieu, la raison, la lutte des classes, l'économie) ?

 

Quand y-a-t-il Histoire ?

      Il y a histoire lorsqu'un récit a pour objet de dresser la connaissance du passé.

      «  Qu'est-ce donc que l'histoire ? Je proposerai de répondre : l'histoire est la connaissance du passé humain […] Nous dirons connaissance et non pas « narration du passé humain » ou encore « œuvre littéraire visant à le retracer » 

                                                 Marrou, De la connaissance historique(1954)

 

Pour qu'il y ait histoire, il faut deux éléments :

  • L'objet doit être historique

  • La méthode doit être historique


     La difficulté de faire l’histoire 

La difficulté c’est que l’objet et la réflexion sur l’objet se confondent. Comme l'écrit Aron à propos de l'Histoire:

« […] la réalité et la connaissance de cette réalité sont inséparables l'une de l'autre d'une manière qui n'a rien de commun avec la solidarité de l'objet et du sujet. La science physique n'est pas un élément de la nature qu'elle explore (même si elle le devient en la transformant). Laconscience du passé est constitutive de l'existence historique. »

                                          Dimensions de la conscience historique

On distingue ici la science physique qui porte sur un objet stable et la science historique qui porte sur l’homme qui est libre et imprévisible : Expliquer/Comprendre

 

Critique  du relativisme historique

 Histoire et conscience historique

      Pour qu'il y ait histoire il faut donc qu'adviennent des événements (condition suffisante) mais aussi qu'une conscience en organise le récit (condition nécessaire).

«  L'homme n'a vraiment un passé que s'il a conscience d'en avoir un, car seule cette conscience introduit la possibilité du dialogue et du choix. Autrement, les individus et les sociétés, portent en eux un passé qu'ils ignorent, qu'ils subissent passivement. Ils offrent, éventuellement à un observateur du dehors une série de transformations,comparables à celles des espèces animales et susceptibles d'être rangées en un ordre temporel. Tant qu'ils n'ont pas conscience de ce qu'ils sont et de ce qu'ils furent, ils n'accèdent pas à la dimension propre de l'histoire. L'homme est donc à la fois le sujet et l'objet de la connaissance historique »

Raymond ARON, Dimensions de la conscience historique (1961)

L’histoire est la connaissance du passé que l’on transmet aux générations suivantes mais alors que dire d’un passé qui ne serait ni connu ni transmis, y aurait-il encore une histoire ?

 

Y-a-t-il quelque chose avant l'Histoire?

Préhistoire : tout ce qui précède l'écriture (soit jusqu'à 3500 ans av JC)

Histoire : à partir de l'invention de l'écriture

Conception critiquée par Lévi-Strauss

« Une des phases les plus créatrices de l'histoire de l'humanité se place pendant l'avènement du néolithique : responsable de l'agriculture, de la domestication des animaux et d'autres arts. Pour y parvenir, il a fallu que, pendant des millénaires, de petites collectivités humaines observent, expérimentent et transmettent le fruit de leurs réflexions. Cette immense entreprise s'est déroulée avec une rigueur et une continuité attestées par le succès, alors que l'écriture était encore inconnue. Si celle-ci est apparue entre le quatrième et le troisième millénaire avant notre ère, on doit voir en elle un résultat déjà lointain (et sans doute indirect) de la révolution néolithique, mais nullement sa condition. »

Tristes Tropiques

 

  1. L’histoire peut-elle être une science ?

  2. Quel est le sens de l’histoire ?

 

1) Si l’histoire est une science, ce n'est pas une science exacte



« L’histoire est une connaissance, sans être une science, car nulle part elle ne connaît le particulierpar le moyen de l’universel, mais elle doit saisir immédiatement le fait individuel, et, pour ainsi dire, elle est condamnée à ramper sur le terrain de l’expérience. Les sciences réelles au contraire planent plus haut, grâce aux vastes notions qu’elles ont acquises, et qui leur permettent de dominer le particulier, d’apercevoir, du moins dans certaines limites, la possibilitédes choses comprises dans leur domaine, de se rassurer enfin aussi contre les surprises de l’avenir. »

Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation

Si nous ne pouvons pas être certains que l'histoire obéit à des lois, si nous ne pouvons pas « expliquer » l'histoire, du moins pouvons-nous essayer de la « comprendre 

2) Comprendre l’histoire : le sens de l’histoire

Les deux significations du mot sens

L'histoire a un sens parce qu'elle nous apprend à tirer des leçons du passé

         Analyses de Kant et de Hegel

 

L'histoire a un sens parce qu'elle est orientée vers le progrès, elle est “finalisée”

Puisqu'il est impossible au philosophe « de présupposer dans l'ensemble chez les hommes et dans le jeu de leur conduite le moindre dessein raisonnable personnel, il lui faut rechercher du moins si l'on ne peut pas découvrir dans ce cours absurde des choses humain un dessein de la nature: ceci rendrait du moins possible, à propos de créatures qui se conduisent sans suivre de plan personnel, une histoire conforme à un plan déterminé de la nature. [...] »

KANT, Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique 

 

Hegel enseigne que l’histoire réalise un plan, celui de l’Esprit qui est Raison et Liberté, ce plan se réalise à l’insu des personnes et par l’intermédiaire de leurs passions.

« […] dans l’histoire universelle, il résulte des actions des hommes quelque chose d’autre que ce qu’ils ont projeté et atteint, que ce qu’ils savent et veulent immédiatement. Ils réalisent leurs intérêts, mais il se produit en même temps quelque autre chose qui y est caché, dont leur conscience ne se rendait pas compte et qui n’entrait pas dans leurs vues.. »

Hegel, La Raison dans l’histoire

 

Si l’histoire tend vers une fin celle-ci doit être un progrès d’un point de vue moral (comme le moteur à explosion est un progrès par rapport à la machine à vapeur). Or est-ce vraiment le cas ? Ce qui choque ici c’est l’idée du mal comme moteur nécessaire.

 

           L’histoire ne tend pas vers une fin ; l’histoire est aussi immorale




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  • christophe BOURDEL
  • BacPhilo
  • Professeur certifié de philosophie. Titulaire d'un Master de philosophie de l'université Montpellier III.

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ch.bourdel@gmail.com

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