La justice et le droit (L, ES, S)

 

JUSTICE ET DROIT

 

Problème : une loi est imparfaite car elle est toujours générale. Comment alors appliquer la justice de manière juste pour chaque cas particulier ? Soit on définit la justice par l’égalité stricte auquel cas il y a injustice, soit la justice est particulière, auquel cas elle risque d’être injuste parce qu’elle est inégalitaire.

Question : La justice est-elle toujours juste ? Les lois sont-elles toujours justes et appartient-il à l’individu de déterminer ce qui est juste ou pas dans la loi ?

 

 Peut-on laisser à l’individu le soin de déterminer ce qui est juste ou pas ?

Sur ce thème on pourra lire Antigone de Sophocle (BacPhilo chapitre "Morale", légal et légitime : le cas d'Antigone)

 

I/ Origine du droit

1) Droit et fait

Les lois sont l’expression du droit et permettent de réguler les rapports sociaux en les faisant reposer sur des principes établis « avant » l’arbitraire des hommes.

Le droit renvoie donc à une norme ; à l’origine le droit désigne ce qui est légitime, ce qui doit être, par opposition a ce qui s’impose, au fait.

2) Droit positif/droit naturel

La tradition occidentale distingue le droit positif (ensemble des lois en vigueur dans une société donnée), et le droit naturel qui résulte des lois naturelles que la raison impose, cad des lois morales élémentaires.

 

II/ La notion d’injustice : un principe qui heurte la morale

1) Un sentiment subjectif

Dans le sentiment d’injustice c’est la dimension émotionnelle qui précède la dimension rationnelle ; quand on trouve quelque chose injuste on n’évoque pas la loi transgressée pour désigner l’injustice. La notion d’injustice est donc tjs première chez l’individu car elle est spontanée, instinctive, émotionnelle.

 

2) Equité et égalité

Problème : une loi est avant tout égalitaire mais pas forcément équitable et c’est ce manque d’équité que l’on trouve injuste. C’est là une imperfection de la loi.

 

« Le juste et l'équitable sont la même chose et, quoique tous deux soient bons, l'équité est néanmoins préférable. Ce qui fait la difficulté, c'est que ce qui est équitable, tout en étant juste, n'est pas le juste légal, le juste suivant la loi, mais il est une heureuse amélioration de la justice rigoureusement légale. La cause de cette différence, c'est que toujours la loi est générale nécessairement, et qu'il est certains objets sur lesquels on ne saurait convenablement statuer par voie de dispositions générales. Aussi, dans toutes les questions où il est absolument indispensable de prononcer d'une manière purement générale, et où il n'est pas possible de le faire avec précision, la loi ne saisit que les cas les plus ordinaires, sans se dissimuler ses propres lacunes [...]

Ainsi ce qui est équitable est juste aussi, et il est supérieur au juste dans certaines circonstances, non pas au juste absolu, mais au juste qui, trop général, renferme de l'erreur. La nature propre de l'équité, c'est précisément de corriger la loi, dans la mesure où sa généralité rend celle-ci incomplète. »

 

                                                                    Aristote, Ethique à Nicomaque

 

III/ Justice, loi et force

1) Trois éléments indissociables

« La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force ; et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste. »

                                                                             Pascal, Pensées

 

2) Les limites de la force

 Cependant le droit fondé sur la force peut-il être juste ? Jusqu’où la force peut-elle s’appliquer ?

 Rousseau : le droit ne peut se fonder sur la force

 
« Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir. De là le droit du plus fort; droit pris ironiquement en apparence, et réellement établi en principe: Mais ne nous expliquera-t-on jamais ce mot? La force est une puissance physique; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté; c'est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir?

Supposons un moment ce prétendu droit. Je dis qu'il n'en résulte qu'un galimatias inexplicable. Car sitôt que c'est la force qui fait le droit, l'effet change avec la cause; toute force qui surmonte la première succède à son droit. Sitôt qu'on peut désobéir impunément on le peut légitimement, et puisque le plus fort a toujours raison, il ne s'agit que de faire en sorte qu'on soit le plus fort. Or qu'est-ce qu'un droit qui périt quand la force cesse? S'il faut obéir par force on n'a pas besoin d'obéir par devoir, et si l'on n'est plus forcé d'obéir on n'y est plus obligé. On voit donc que ce mot de droit n'ajoute rien à la force; il ne signifie ici rien du tout. »

                                                                               Rousseau, Le Contrat Social

 

 

 

 

 

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  • christophe BOURDEL
  • BacPhilo
  • Professeur certifié de philosophie. Titulaire d'un Master de philosophie de l'université Montpellier III.

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ch.bourdel@gmail.com

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