Partager l'article ! L'Art (L, ES, S): Le beau comprend deux aspects ...
Le beau comprend deux aspects indissociables. D'une part il semble universel, absolu et objectif (toutes les fois où on qualifie une chose belle on fait référence, même inconsciemment, à une idée de beauté). D'autre part le beau semble particulier, relatif et subjectif, avant tout lié à une expérience personnelle sensible. De là les questions suivantes : la beauté existe-t-elle dans les choses, dans le réel ? L'artiste doit-il avant tout chercher à reproduire le réel ? Si le beau est une vérité objective relative aux objets mêmes, il obéit donc à des lois, repose sur des critères eux-mêmes objectifs et dans ce cas on peut apprendre ces critères pour juger de ce qui est beau, l'artiste n'a alors pas la faculté de créer plus que ce qui existe déjà dans la nature. Si le beau est une émotion subjective relative au sujet il n'y a aucune vérité de la beauté en dehors de cette émotion subjective. La beauté devient alors une affaire de sensibilité et l'artiste ne peut se contenter de recopier ce qu'il voit, il doit créer, inventer, transcender le beau dans les choses.
Conception ancienne de la beauté dans l'art
La beauté est dans la nature et elle est liée à l'ordre, la symétrie : la beauté est affaire de raison.
1) La vérité à l'origine du beau
Qu'est-ce qui est vrai ? Comment savoir ce qui est vrai ? Et quel lien entre beauté et vérité, entre art et vérité ?
2) Conception platonicienne de l'art
Platon ne conçoit pas la beauté comme une vérité sensible mais comme une idée.
Analyse de La République "Pourrais-tu me dire ce qu'est en général l'imitation ? [...] l'art de l'imitation est assurément loin du vrai et, apparemment, s'il s'exerce sur toutes choses, c'est parce qu'il ne touche qu'à une petite partie de chacune, et qui n'est qu'un fantôme" livre 10 598b-d
3) La beauté soumise à des règles
Si on admet que la beauté est objectivement dans la nature, on suppose :
- qu'il y a des règles susceptibles d'expliquer cette beauté
- que la beauté n'est pas le fruit du hasard mais d'une nécessité
- que la beauté est ordre, harmonie, symétrie
- que le beau s'apparente à une vérité de type scientifique
- que la beauté n'est pas le fait de l'artiste
- que le talent de l'artiste se réduit à l'imitation
a) Qu'est-ce qui distingue un artiste d'un bon artisan ou d'un charlatan ? Si on distingue un artiste de ce qui n'est pas lui c'est qu'il doit y avoir au moins un critère qui permet cette distinction.
"Il reste à dire en quoi l'artiste diffère de l'artisan. Toutes les fois que l'idée précède et règle l'exécution, c'est industrie. Et encore est-il vrai que l'œuvre souvent, même dans l'industrie, redresse l'idée en ce sens que l'artisan trouve mieux qu'il n'avait pensé dès qu'il essaie; en cela il est artiste, mais par éclairs. Toujours est-il que la représentation d'une idée dans une chose, je dis même d'une idée bien définie comme le dessin d'une maison, est une œuvre mécanique seulement, en ce sens qu'une machine bien réglée d'abord ferait l'œuvre à mille exemplaires. Pensons maintenant au travail du peintre de portrait; il est clair qu'il ne peut avoir le projet de toutes les couleurs qu'il emploiera à l'œuvre qu'il commence; l'idée lui vient à mesure qu'il fait; il serait même rigoureux de dire que l'idée lui vient ensuite, comme au spectateur, et qu'il est spectateur aussi de son œuvre en train de naître. Et c'est là le propre de l'artiste. » Alain, Système des beaux-arts
b) De plus on ne peut dire ceci est une oeuvre d'art et ça non ; sur quoi se baser pour définir une oeuvre d'art ?
Réflexion à partir de la polémique autour du procés de Brancusi
Conception moderne de la beauté dans l'art
La beauté est dans le regard, dans la représentation que s'en fait le sujet : la beauté est affaire de sensation.
1) Naissance de l'esthétique
"L'esthétique est la science ayant pour objet le jugement d'appréciation en tant qu'il s'applique à la distinction du beau et du laid" Lalande, vocabulaire philosophique
"L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible"
Donc l'enjeu de l'art c'est bien le rapport au réel, mais ce n'est pas un réel visible mais un réel qui se cache, c'est-à-dire un réel non dans l'apparence mais dans l'essence.
Bergson à propos du langage
"Quand nous éprouvons de l’amour ou de la haine, quand nous nous sentons joyeux ou tristes, est-ce bien notre sentiment lui-même qui arrive à notre conscience avec les mille nuances fugitives et les mille résonances profondes qui en font quelque chose d’absolument nôtre ? Nous serions alors tous romanciers, tous poètes, tous musiciens. Mais, le plus souvent, nous n’apercevons de notre état d’âme que son déploiement extérieur. Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu’il est à peu près le même dans les mêmes conditions, pour tous les hommes. Ainsi, jusque dans notre propre individu, l’individualité nous échappe." Bergson, Le Rire
3) Hegel qui traite avec ironie le talent des peintres imitateurs
" Depuis les temps anciens, on cite toujours les raisins de Zeuxis pour vanter le triomphe de l'art et en même temps celui du principe d'imitation de la nature, parce que des colombes vivantes, dit-on, s'y seraient laissé prendre et auraient commencé à les picorer […] Toutefois, ces exemples et d'autres du même genre ne peuvent manquer de nous inspirer au moins la réflexion suivante : au lieu de louer des œuvres d'art parce qu'elles ont même abusé des colombes, mieux vaudrait se contenter de blâmer justement ceux qui s'imaginent encenser l'œuvre d'art en ne lui attribuant, comme fin suprême et ultime, qu'un aussi médiocre effet. Mais, de toute façon, il suffit de dire que, du point de vue de la simple imitation, l'art ne pourra jamais rivaliser avec la nature et se donnera l’allure d’un ver de terre rampant derrière un éléphant. »
Hegel, Cours d'esthétique
Analyse de Kant sur le beau : en quoi consiste un jugement de goût ? Pourquoi trouvons-nous une chose belle ?
Projet général de Kant : faire une critique du jugement esthétique non pour définir des "normes" du beau mais pour expliquer ce qui se passe en nous lorsque nous trouvons une chose belle.
Beauté libre et beauté adhérente
« Beaucoup d'oiseaux, (le perroquet, le colibri, l'oiseau de paradis), une foule de crustacés marins sont en eux-mêmes des beautés, qui ne se rapportent à aucun objet déterminé quant à sa fin par des concepts, mais qui plaisent librement et pour elles-mêmes. Ainsi les dessins à la grecque, des rinceaux ou des encadrements ou des papiers peints, etc., ne signifient rien en eux-mêmes ; ils ne représentent rien, aucun objet sous un concept déterminé et sont de libres beautés. On peut encore ranger dans ce genre tout ce que l'on nomme en musique improvisation (sans thème) et même toute la musique sans texte » Critique de la faculté de juger §16
2) Le jugement esthétique relève d'un plaisir désintéressé
"Le GOÛT est la faculté de juger et d’apprécier un objet ou un mode de représentation par une satisfaction ou un déplaisir, indépendamment de tout intérêt. On appelle beaul'objet d'une telle satisfaction (§5)
L'universalité sans concept : Le beau est ce qui est représenté, sans concept, comme l’objet d’une satisfaction universelle CFJ §6
- la représentation
- l'universalité
- l'absence de concept
Objection : on peut cependant méler la beauté à l'utile comme tente de le faire le désign, on peut aussi détourner un objet de son utilité et donc relativiser le jugement esthétique. On peut ainsi montrer que c'est le contexte dans lequel un objet est donné à voir qui détermine sa relation à l'esthétique.
Un objet d'art fonctionne comme un symbole
« Un objet devient précisément une œuvre d'art parce que et pendant qu'il fonctionne d'une certaine façon comme symbole. Tant qu'elle est sur une route, la pierre n'est d'habitude pas une œuvre d'art, mais elle peut en devenir une quand elle est donnée à voir dans un musée d'art. Sur la route, elle n'accomplit en général aucune fonction symbolique. Au musée, elle exemplifie certaines de ses propriétés [...] D'un autre côté, un tableau de Rembrandt cesserait de fonctionner comme œuvre d'art si l'on s'en servait pour boucher une vitre cassée ou pour s'abriter. »
Nelson Goodman, Quand y a-t-il art ?
La théorie du génie
Génie = le génie est une faculté innée de l'artiste qui, étant innée, appartient donc à la nature. Ce qui amène Kant à définir le génie comme "la disposition innée de l'esprit par laquelle la nature donne les règles à l'art".
1Le nombre d'or désigne les proportions idéales qui caractérisent la beauté (d'un bâtiment, d'une sculpture, d'un corps, de certaines fleurs dans la nature etc.).
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