Mercredi 28 janvier 2009
                                         Agrégation interne de philosophie, session 2009


Composition 1 : Explication de texte
Thème : La matière

 

                                     Le candidat a le choix entre les deux textes suivants


                                                                             TEXTE 1

 

3. Que nos sens ne nous enseignent pas la nature des choses, mais seulement ce en quoi elles nous sont utiles ou nuisibles.

 

         Il suffira que nous remarquions seulement que tout ce que nous apercevons par l'entremise de nos sens se rapporte à l'étroite union qu'a l'âme avec le corps, et que nous connaissons ordinairement par leur moyen ce en quoi les corps de dehors nous peuvent profiter ou nuire, mais non pas quelle est leur nature, si ce n'est peut-être rarement et par hasard. Car, après cette réflexion, nous quitterons sans peine tous les préjugés qui ne sont fondés que sur nos sens, et ne nous servirons que de notre entendement, parce que c'est en lui seul que les premières notions ou idées, qui sont comme les semences des vérités que nous sommes capables de connaître, se trouvent naturellement.

 

4. Que ce n'est pas la pesanteur, ni la dureté, ni la couleur, etc., qui constitue la nature du corps, mais l'extension seule.

 

         En ce faisant, nous saurons que la nature de la matière, ou du corps pris en général, ne consiste point en ce qu'il est une chose dure, ou pesante, ou colorée, ou qui touche nos sens de quelque autre façon, mais seulement en ce qu'il est une substance étendue en longueur, largeur et profondeur. Pour ce qui est de la dureté, nous n'en connaissons pas autre chose, par le moyen de l'attouchement, sinon que les parties des corps durs résistent au mouvement de nos mains lorsqu'elles les rencontrent ; mais si, toutes les fois que nous portons nos mains vers quelque part, les corps qui sont en cet endroit se retiraient aussi vite comme elles en approchent, il est certain que nous ne sentirions jamais de dureté ; et néanmoins nous n'avons aucune raison qui nous puisse faire croire que les corps qui se retireraient de cette sorte perdissent pour cela ce qui les fait corps. D'où il suit que leur nature ne consiste pas en la dureté que nous sentons quelquefois à leur occasion, ni aussi en la pesanteur, chaleur et autres qualités de ce genre ; car si nous examinons quelque corps que ce soit, nous pouvons penser qu'il n'a en soi aucune de ces qualités, et cependant nous connaissons clairement et distinctement qu'il a tout ce qui le fait corps, pourvu qu'il ait de l'extension en longueur, largeur et profondeur : d'où il suit aussi que, pour être, il n'a besoin d'elles en aucune façon et que sa nature consiste en cela seul qu'il est une substance qui a de l'extension.

 

                                                       René DESCARTES, Principes de la philosophie, Seconde partie, art. 3 et 4

 

 

                                                                            TEXTE 2

 

         En réalité, c'est à refaire une synthèse vraiment phénoméniste de la matière et de ses actions qu'est occupée la physique contemporaine. En essayant de relier la matière et le rayonnement, elle donne au métaphysicien une leçon de construction. On va voir d'ailleurs avec quelle disponibilité d'esprit le physicien contemporain étudie le rayonnement, sans accepter précisément ce matérialisme honteux qu'est toute doctrine du fluide, de l'émanation, des exhalaisons, des esprits volatils.
         Enonçons le problème sous une forme aussi polémique que possible, en le réduisant à des thèses métaphysiques. Wurtz (1) fonde l'atomisme sur cet antique argument qu'on ne peut « imaginer de mouvement sans quelque chose qui se meut ». A cet argument, la microphysique serait tentée de répondre par la réciproque :« on ne peut imaginer une chose sans poser quelque action de cette chose ».
         En effet, une chose peut bien être un objet inerte pour une sorte d'empirisme oisif et massif, pour une expérience non réalisée, c'est-à-dire non prouvée et par conséquent abstraite malgré ses revendications pour le concret. Il n'en va pas de même pour une expérimentation de la microphysique. Là, on ne peut pratiquer la prétendue analyse du réel et du devenir. On ne peut décrire que dans une action. Par exemple, qu'est-ce qu'un photon immobile ? On ne peut détacher le photon de son rayon comme aimerait sans doute à le faire un chosiste habitué à manier les objets sans cesse disponibles. Le photon est de toute évidence un type de chose--mouvement. D'une manière générale, il semble que plus l'objet soit petit, mieux il réalise le complexe d'espace-temps, qui est l'essence même du phénomène. Le matérialisme élargi, dégagé de son abstraction géométrique primitive, conduit ainsi naturellement à associer la matière et le rayonnement.
         Dans cette vue, quels vont être, pour la matière, les caractères phénoménaux les plus importants ? Ce sont ceux qui sont relatifs à son énergie. Avant tout, il faut considérer la matière comme un transformateur d'énergie, comme une source d'énergie : puis parfaire l'équivalence des notions et se demander comment l'énergie peut recevoir les différents caractères de la matière. Autrement dit, c'est la notion d'énergie qui forme le trait d'union le plus fructueux entre la chose et le mouvement ; c'est par l'intermédiaire de l'énergie qu'on mesure l'efficacité d'une chose en mouvement, c'est par cet intermédiaire qu'on peut voir comment un mouvement devient une chose.

 

                                                Gaston BACHELARD, Le Nouvel esprit scientifique, Chapitre III.

 

(1) Charles Adolphe Wurtz (1817-1884), nommé professeur de chimie organique à la Sorbonne en 1875.

 

 

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Composition 2 : Dissertation
Thème : La morale

 

                                                   La morale a-t-elle besoin d'un fondement ?

Par Christophe Bourdel - Publié dans : Epreuves agrégation interne
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  • : christophe BOURDEL
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  • : Après, entre autres, éclairagiste de théâtre, GO au club med et 10 ans dans la musique comme batteur/chanteur, j'ai repris des études de philosophie jusqu'à devenir prof.

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