Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /Nov /2008 17:12
La philosophie, une matière nouvelle ?
        
        


Il est probable que nous ayons retenu bien peu des matières qui nous ont été enseignées jadis (quel est l'enseignant qui réussirait son bac s'il le repassait ?). Cette culture « générale » nous manquerait cependant si elle ne nous avait été transmise patiemment. Pour ma part je pense qu'il n'y a de culture que particulière, celle que l'on possède vraiment, pas seulement intellectuellement mais dans son cœur. Si à l'instar de Rousseau nous supposons que la mémoire est affective, elle est aussi sélective. Ainsi, certains de nos professeurs nous ont laissé un souvenir impérissable. D'autres, tout aussi impliqués, ont pourtant été oubliés. Quelle que soit la trace que laisse le « prof de philo », elle occupera une place un peu à part dans le cœur des futurs adultes. En fin de parcours des études secondaires, et donc dans l'objectif de réussir ce premier examen universitaire que l'on appelle le baccalauréat, voilà que l'on découvre une discipline nouvelle. Cette découverte présente certains atouts. Le premier est donc celui de la nouveauté, chose dont les élèves sont en principe friands. Le second de laisser aux élèves la possibilité, du moins théoriquement, d'exprimer leur pensée un peu plus personnellement qu'ils ne l'ont fait jusqu'alors. La philosophie devrait donc être une joie, celle propre à la découverte et à l'exercice de la pensée. Pourquoi n'est-ce, malheureusement, pas plus souvent le cas ?
        

Tout d'abord la nouveauté a un gros défaut : elle ne dure pas ! En revanche la nécessité de l'effort dure toujours ; tout apprentissage suppose un effort et ce quelle que soit la matière. Cet effort est d'autant plus important en philosophie qu'il nécessite de se défaire de ses habitudes de pensée et en particulier de ses habitudes de pensées en tant qu'élève, ce que Bachelard appelle « l'obstacle pédagogique », aussi vrai chez le professeur que chez son élève. Un des plus tenaces consistant à croire (chez l'élève) que, contrairement aux autres disciplines, la philosophie serait le lieu où l'on pourrait juste dire ce que l'on pense sans avoir besoin d'apprendre quoique ce soit. Il y aurait beaucoup à dire sur ce point... Mais bien plus, à mon avis, la philosophie se trouve dans une position fragile voire manque parfois de crédibilité du fait du sérieux avec lequel certains sujets, apparaissant souvent comme « fumeux », abstraits voire sans réponse possible, demandent à être traités ; quel est le prof de philo qui ne s'est pas entendu dire un jour par ses propres collègues sur le ton de la plaisanterie amicale « Ah, toi t'es bien un prof de philo ! » ou encore « Ca c'est bien une question de philosophe !! ». Mieux, « la philosophie est un itinéraire de réflexion qui mène de nulle part à rien », lit-on dans un manuel de citations dont je ne veux pas me souvenir... Pour amusantes qu'elles soient ces considérations comiques sur la philosophie témoignent du malaise dans lequel elle se trouve : celui d'une discipline de réflexion qui se heurte à un monde de plus en plus tourné vers le pragmatisme, le résultat, la preuve. Un monde où ce qui compte c'est ce qui est utile, ce qui est utile ce qui marche, et ce qui marche ce qui se vérifie (d'où l'importance croissante des filières scientifiques dans les études). Les élèves attendent un résultat, une vérité qui soit objective, démontrable et vérifiable. Le relativisme dont ils font preuve sur les sujets propres aux « sciences humaines » est bien l'expression de ce rapport pragmatique voire consumériste au savoir. La société elle-même, dont le rythme va croissant, n'est sans doute pas étrangère à cet état de fait.
        

C'est une tarte à la crème de penser que la philosophie serait une discipline qui consisterait à poser indéfiniment des questions ! En réduisant la philosophie à un prétendu art de poser des questions, c'est Deleuze qui l'a si bien dit, « on croit lui donner beaucoup et en fait on lui retire tout ». En philosophie aussi, évidemment, il y a des réponses et même si elles ne sont pas démontrables au sens où les sciences le sont, ces réponses existent, témoignent d'un souci de vérité, et certaines sont plus vraies que d'autres ! Pour ma part je continuerai de croire que la puissance de l'abstraction reste le moteur de l'âme humaine et de rêver d'un monde où les philosophes seraient mathématiciens et où les mathématiciens seraient philosophes... En attendant, pour savoir à quelles sortes de réponses arrive la philosophie et ce qu'elle est vraiment (un réservoir de concepts selon Deleuze...), peut-être faut-il commencer par lire les livres des philosophes !

                                                                                               Christophe Bourdel, nov.2008
Par Christophe Bourdel - Publié dans : La philo : une matière nouvelle ?
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  • christophe BOURDEL
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  • Professeur certifié de philosophie. Titulaire d'un Master de philosophie de l'université Montpellier III.

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